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mardi 10 octobre 2017

Mariage contre nature

Auteur : Yukiko Motoya
Traduction : Myriam Dartois-Ako
Genre : drame, fantastique

Éditions : Philippe Picquier
Publication : 7 septembre 2017
Pages : 128

Prix : 13€

Résumé
Depuis qu'elle a quitté son boulot pour se marier, San s'ennuie un peu à la maison. Surtout que son mari, à peine rentré le soir, joue les plantes vertes devant la télévision. Parfois San se demande si elle ne partagerait pas la vie d'un nouveau spécimen d'être humain. D'ailleurs, en regardant bien, il y a quelque chose qui cloche. Les traits du visage de son mari sont en train de se brouiller. Un processus étrange et déroutant est en route...

Une écriture délicate, un regard pénétrant, ironique, une exploration drôle et poétique des doutes et des interrogations sur la vie de couple : autant de qualités qui ont valu en 2016 à ce roman singulier le prix Akutagawa, le Goncourt japonais.

Avis de Marie
Je continue ma découverte du Japon au travers de sa littérature, cette fois avec Mariage contre nature de Yukiko Motoya, un roman ayant remporté l’équivalent de notre prix Goncourt : le prix Akutagawa. Même après l’avoir reposé, ce roman ne cesse de me trottiner dans la tête tant il était perturbant.

San est une jeune Japonaise mariée et femme au foyer. Occupant le temps comme elle peut chaque jour dans l’attente du retour de son mari le soir, elle ne cesse de s’interroger de plus en plus sur la relation qu’elle entretient avec lui. À peine rentré, voilà que son mari se jette sur le canapé, fixant son regard sur la télévision et ses programmes variétés. Le dialogue est quasi inexistant, pourtant, cet homme ne semble pas le moins du monde gêné par cette absence de communication. Il ne fait aucun doute pour lui que leur couple est solide, qu’ils mènent une vie sinon de rêve, du moins confortable et idéale. Est-ce le cas pour San ? A priori oui. Prisonnière de ce quotidien et de cette relation, elle ne semble pas pourtant vouloir en sortir. Au contraire, elle semble même y trouver un cocon rassurant dans lequel elle se plonge chaque jour qui passe. Jusqu’à ce que quelques petits mots, échangés avec une voisine, la poussent à se poser des questions. Trop de questions même peut-être. N’est-elle pas en train de perdre sa personnalité ? Dans un couple, il y en a toujours un qui fait davantage de concessions. Mais n’y a-t-il pas également un risque que la personnalité de l’un prenne le dessus, au point que l’autre l’incorpore, perde la sienne au profit de l’autre ? Voyant son mari se transformer de jour en jour en une plante verte, San est de plus en plus perturbée. Rêve-t-elle ? Ou bien son mari est-il réellement en train de se transformer et devient une chose totalement étrangère ? San n’est-elle pas en train de devenir, elle aussi, étrangère à elle-même ?

Abordant la question du mariage et de la place de chacun au sein du couple, Yukiko Motoya nous livre là un court roman terriblement dérangeant. Nous incitant à nous poser de nombreuses questions, il est difficile de faire la part des choses : fantastique ou pas ? La frontière est infime et indéterminable. Dans ce style typiquement japonais, aussi sobre que poétique, le lecteur est invité à lire entre les lignes, à percevoir tous les non-dits. Récit étrange dont le lecteur ne parvient qu’avec peine à s’extirper, ce n’est pas indemne qu’il en ressortira. Questionnant, il nous pousse à nous interroger sur ce que nous souhaitant dans la vie. La vie de couple, idéal de vie en société, n’est peut-être pas finalement ce à quoi les gens aspirent réellement. Ou encore, n’est pas  le moyen qu’ils pensent pour atteindre leur idéal.


Mariage contre nature est une découverte aussi surprenante que dérangeante. Adeptes de littérature japonaises, nul doute que vous y trouverez là tout le charme qui lui est propre. Pour les autres, je ne peux que vous inviter à vous plonger dans cette lecture abstraite et poétique qui nous emmène dans le quotidien d’un couple tout ce qu’il y a de plus représentatif.

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