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mardi 7 juin 2016

Les Couleurs de l'Avenir

Auteur : Jean Rébillat
Genre : SF / Uchronie
Éditions : Armada
Pages : 380
Parution : 14 avril 2014
Prix : 18 ou 5,99 € (Versions physiques ou Ebook)
Achat : Éditions Armada - Les Couleurs de l'Avenir

Quatrième de couverture

1942 : partout dans le monde des hommes et des femmes se découvrent des capacités surhumaines. Enrôlés en Allemagne comme au Japon, ils vont faire basculer le cours de la guerre et repousser les alliés hors d'Europe.

1950 : Les forces de l'Axe ont posé le pied sur le sol américain et le sort du monde est peut-être déjà joué. Pourtant, une autre menace rôde, cachée et insidieuse, qui compte bien prendre possession du monde tout entier. Perdues au milieu des batailles, une poignée de femmes dotées de pouvoirs vont devoir apprendre à se connaître, à s'accepter et à collaborer pour redonner des couleurs à l'avenir de l'humanité.

Avis de Clément

Avant toute chose, un grand merci aux éditions Armada pour nous avoir permis de découvrir une partie de leur collection !  Alors que le choix m'avait été laissé parmi l'ensemble des titres publiés, je me suis senti attiré par Les Couleurs de l'Avenir , dont le résumé laissait entendre des aventures à base de pouvoirs sur fond de réécriture de la Seconde Guerre Mondiale...Et je dois dire que ce fut une très bonne surprise !

Le roman touche à un genre de fiction dont je n'ai pas encore eu l'occasion de parler : l'Uchronie, ou la réécriture de l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé. En l’occurrence un événement majeur a complètement changé le cours du second conflit mondial : l'apparition de mutants aux pouvoirs surhumains. Ces êtres spéciaux vont bien entendu être utilisés dans les deux camps, États-Unis d'un côté, Allemagne nazie et Japon de l'autre. Car dans l'univers de ce roman, l'Axe a écrasé l'Europe et marche désormais sur le territoire américain !

Le contexte est ainsi posé, et il est... ma foi plutôt sombre ! C'est la guerre, ni plus ni moins ! Les batailles font de nombreux morts et le recours aux armes de destruction massive est une réalité. D'emblée, ce choix donne à l'ensemble un cachet particulier. Une dimension sérieuse qui donne une certaine originalité. Au surplus, le fait de n'avoir choisi que des personnages féminins pour les rôles principaux semble transcrire une volonté de décrire des femmes fortes dans un contexte (la guerre) traditionnellement dominé par les hommes. Un autre choix intéressant à mon avis.

La présentation des personnages, leur conception et leurs péripéties m'ont fortement fait penser à l'univers des X-Men, qui représente peut-être (mais je peux me tromper) une influence majeure chez l'auteur. Ceci n'est pas un défaut, bien au contraire. Les personnages principaux sont tous assez facilement identifiables, ainsi que leurs pouvoirs. Le background de chacun est assez différencié pour que l'on puisse s'attacher à chacun, et comprendre rapidement leur rôle dans l'histoire. Histoire de bonne facture par ailleurs. Les quatre parties, très précisément découpées, permettent d’appréhender quatre dimensions de l'histoire. Le tout dans des environnements marquants et des séquences mémorables. On s'ennuie peu, même si le principal défaut de l’œuvre réside à mon avis dans les choix narratifs de l'auteur.

La narration se fait à la troisième personne. Mais avec un narrateur omniscient. Omniscient dans son sens le plus littéral. Le narrateur sait tout. Il est dans la tête de chacun des personnages et très souvent, dans de longues descriptions des pensées des personnages, il nous en apprend plus sur leur manière de raisonner et leur passé. Mais on touche là au principal point qui m'a gêné : ces séquences auraient certainement gagnées être racontées à la première personne, ou par des moyens différents. Par exemple il aurait été peut-être plus efficace de comprendre la façon de penser d'un personnage ou un impact de son passé sur son attitude présente avec un de ses actes, ou avec une scène qui montrerait ces aspects du personnage, plutôt que de les décrire comme si celui-ci les pensait, mais à la troisième personne. Je ne sais pas si je suis très clair, mais ce choix amène l'auteur à écrire de longues descriptions qui concernent directement un personnage, mais en les racontant à travers le point de vue d'une entité extérieure, comme si ledit personnage n'était pas là. Ainsi un passage qui est censé nous rapprocher du personnage nous en éloigne. Tout du moins c'est ainsi que je l'ai ressenti. Et j'ai trouvé ça dommage, car les personnages sont malgré tout attachants et ont encore beaucoup de choses à développer.

Car en lisant ce roman, on sent bien qu'il s'agit d'un tome 1 d'une future saga. Car les deux premières parties sont des séquences d'exposition pour les personnages principaux, tandis que les deux dernières ne font finalement que lancer une action qui va forcément être amenée à se poursuivre. Mais ceci n'empêche pas ce roman d'être très intéressant pour lui même, en particulier parce que lui aussi touche à l'épineux sujet des voyages dans le temps, mais de façon tout à fait maîtrisée !

Vous avez peut-être lu ma chronique de Sept jours dans le temps, dans laquelle je me fends d'un long développement sur la difficulté de bien gérer les voyages temporels dans une œuvre de fiction. Je vous invite à lire au moins ce passage si vous avez manqué la chronique, car ce que je vous propose maintenant s'inscrit dans la continuité de ce que j'y ai écrit.


/!\ LE PASSAGE QUI SUIT CONTIENT QUELQUES SPOILERS /!\



Dans Les Couleurs de l'Avenir, plusieurs personnages viennent « du futur ». Ces personnages ont vu des choses dans leur passé, et en avertissent les personnages du présent, afin de pouvoir les modifier. Jusque là, tout va bien, mais le risque de tomber dans des paradoxes temporels n'est pas écarté. Ceci est magistralement fait, à partir du moment où l'on comprend comment les personnages ont voyagé dans le temps, et qu'il n'existe pas un seul, mais plusieurs futurs. Chacun des voyageurs du temps vient en fait d'un futur différent, ou les événements ne se sont pas produits de la même façon. Ce qui permet à la fois de jouer sur l'effet du personnage qui sait ce qui va se passer, mais aussi sur l'effet de surprise résultant du fait que le présent de l'histoire se révèle être différent du passé du personnage venu du futur ! Encore une fois cela peut paraître un peu complexe. Mais ainsi, l'enjeu du récit est préservé, car les personnages du présent construisent un futur qui sera, on le sait, différent des autres, sans qu'on sache à l'avance si elles y parviendront ou non !

Je vais vous sortir une nouvelle référence improbable, mais ce système de timelines parallèles qui ne s'influencent pas entre elles est le même que celui qui a été retenu dans le manga Dragon Ball (qu'on ne présente plus). Lorsque Trunks arrive du futur, il sauve Sangoku d'une maladie cardiaque, mais son futur n'est pas changé pour autant. Il avoue plus tard dans l'histoire avoir simplement souhaité qu'il existe au moins un futur où Sangoku est toujours vivant et où le monde n'a pas sombré dans le chaos suite à sa mort. Logiquement, le Trunks de la timeline principale ne sera donc pas le Trunks venu du futur, car il viennent de deux univers parallèles. Mais je m'égare. Je suis simplement heureux qu'un auteur se soit sorti intelligemment du piège des voyages dans le temps, et maîtrise ainsi son sujet.

Car malgré son principal défaut à mon goût, résidant dans sa narration, Les Couleurs de l'Avenir est un bon roman ! Plein de potentiel et de promesses, s'inscrivant à la fois dans les codes du Comic de super-héros et dans ceux de la SF Uchronique, il propose un univers intéressant qui ne demande qu'à être développé. Vivement la suite ? ;)

Extraits


« -Il faut partir d'ici et nous mettre à l'abri ! Ils arrivent en force, vos hommes ne seront pas assez nombreux pour les contenir ! Les Samouraïs sont redoutables, ils sont...des monstres, des choses qui offensent la Terre. Si nous restons vous mourrez. »



«La force de l'explosion nucléaire dévorait toute vie, son énergie destructrice fonçant sur les deux femmes sans leur laisser la moindre possibilité d'en réchapper. Annie sentait l'agonie des animaux et des hommes alors qu'ils mouraient, brûlés de ce feu intérieur, invisible, qui éteignait toute étincelle de vie


Note
4/5
Un univers intéressant et plein de potentiel !

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