MENU

mercredi 27 avril 2016

La Joie de Vivre

Auteur : Émile Zola
Genre : Classique, Drame

Publication originale  : 1884
Pages : 510

Prix : 5,60€
Achat : Amazon – La Joie de Vivre


Résumé


Près d'Arromanches, en Normandie, la famille Chanteau accueille sa petite cousine petite Pauline Quenu, qui vient de perdre son père. La Joie de Vivre s'étend sur une quinzaine d'années, et raconte la lutte de cette famille contre ses démons, sans cesse soutenue par le tempérament bon et optimiste de Pauline.


Avis de Clément


Maintenant que j'ai lu plus de la moitié des Rougon-Macquart, je sais à peu près à quoi m'attendre lorsque j'en ouvre un nouveau : 
Soit je tombe sur un roman avant tout descriptif de la société de son époque (Son Excellence Eugène Rougon, Pot-Bouille...)
Soit on a affaire à une analyse d'un thème précis à travers les péripéties de personnages forts (Au Bonheur des Dames, La Curée, Le Ventre de Paris...)
Soit Zola nous pond des allégories. Des romans qui transcendent leur histoire et leurs personnages pour mettre le doigt sur quelque chose de supérieur, propre à l'espèce humaine et à sa lutte incessante (La lutte entre dominant et dominé dans Germinal, ou l'instinct de survie dans L'Assommoir).

Je suis très heureux de vous annoncer que La Joie de Vivre, pourtant l'un des romans les moins connus de Zola, rentre dans cette troisième catégorie, celle que je préfère à titre personnel. 

L'Histoire se passe exclusivement dans la maison des Chanteau et le hameau de Bonneville. L'Unité de lieu  au sein de l’œuvre joue en sa faveur à mes yeux, car elle lui permet d'entrer dans mon genre de fiction favori : le Huis Clos. Pour des raisons mystérieuses ce genre me fascine. Peut-être parce que le Huis Clos est la manière la plus efficace de faire ressortir les personnages, leurs actes et leurs émotions, en supprimant ce qui existe ordinairement autour, c'est à dire les déplacements ou les nouveaux lieux. Peut-être également car le Huis Clos permet de jouer énormément sur le hors-champ, c'est à dire de nous faire percevoir ce qui se passe en dehors du cadre où se déroule l’œuvre, mais sans jamais nous le montrer, en le faisant uniquement passer par le ressenti des personnages. Je pense que ce procédé permet dès le départ de créer une situation de distorsion de la perception du réel, où le lecteur est profondément dépendant du point de vue des personnages, qui filtre déjà la réalité. Le lecteur, peut-être rapidement tenté de se demander si ce qui lui est rapporté est vrai ou fantasmé, et de se créer dès le départ un second niveau de lecture, au dessus du simple récit des événements, celui-ci étant déjà centré sur les personnages de par l'unité de lieu.

En gros je pense que le huis clos est le genre qui laisse le plus de place aux personnages pour s'exprimer et évoluer. Celui-ci qui laisse le plus de place aux monologues internes, à la remise en question et à la réflexion. C'est certainement pour ça que j'aime tant ce type de construction. Et quand un des plus grands écrivains de l'Histoire s'y attaque, vous vous imaginez bien que c'est totalement maîtrisé.

Les personnages de La Joie de Vivre sont incroyables. Zola a crée pour La Joie de Vivre des personnages à la fois facilement reconnaissables à travers un trait de caractère fort, et pleins de contradictions qui les rendent complexes. M.Chanteau, Mme Chanteau, Pauline, Lazare, Véronique, Louise, Matthieu et La Minouche ont tous leur rôle, et leur évolution. Tous restent en mémoire, et provoquent tantôt la pitié, tantôt l'admiration, tantôt l'espoir, tantôt le dégoût. Le cœur de l'histoire réside toutefois dans les personnages de Pauline et de Lazare. L'Opposition est constante entre les deux personnages. La constance contre l'instabilité, la présence contre l'éloignement, la rage de vivre contre la peur de mourir.

Ce douzième tome des Rougon-Macquart comporte son lot de scènes particulièrement évocatrices. Chaque élément de ce roman est pensé pour s'intégrer dans un tableau plus grand, entièrement consacré au thème principal de l’œuvre : La lutte constante de la vie contre la mort. Les scènes de création alternent avec les moments de destruction, les séquences de douleur succèdent aux moments de bonté. Cette alternance est soulignée à la fois par les fluctuations d'état des personnages secondaires et par les interventions régulières deux personnages extérieurs, le médecin et le curé, dont les fonctions impliquent précisément vie et mort à des degrés variables.

Sans vouloir spoiler, je tiens à vous dire que l'avant-dernier chapitre de ce roman m'a collé à mon livre comme aucun autre depuis des années. Une des séquences les plus dingues que j'ai pu vivre dans ma vie de lecteur. Non seulement au niveau des événements et du style d'une perfection indiscutable, mais aussi et surtout parce qu'il parachève toute la démarche symbolique du livre, portant à son paroxysme son message.

Au final, La Joie de Vivre n'es désormais ni plus ni moins qu'un de mes romans préférés. Je le place, le plus subjectivement du monde, au rang de chef-d’œuvre. Parce que c'est un huis clos psychologique, parce que le souci du détail démentiel de l’œuvre permet à chaque élément de jouer un rôle dans la métaphore d'ensemble, qui oppose la pulsion de vie à la pulsion de mort. S'inscrivant dans l'héritage des Rougon-Macquart avec le traitement de thèmes récurrents, tels que l'argent, l'amour et le deuil, La Joie de Vivre va plus loin qu'un simple roman naturaliste. Zola y a mis beaucoup de lui, en particulier de sa propre névrose concernant la mort. A travers les personnages de Pauline et de Lazare, ce sont deux facettes de la psyché de l'auteur qui s'opposent : amoureux, attirés, mais incompatibles, et destructeurs l'un pour l'autre. Zola nous parle. Zola nous donne une leçon de vie. Vie et mort se côtoient en permanence, et, s'il est impossible de désigner un vainqueur, on en conclut que la lutte, elle, est toujours du côté des vivants.

Extraits


« -Mon oncle, je vous remercie bien de me prendre chez vous...Vous verrez, mon cousin, nous ferons bon ménage...
-Mais elle est très gentille ! » S'écria Chanteau ravi. »

« Les journées passaient, on était arrivé au commencement d'août, et Lazare ne prenait aucune décision. Pauline devait, en octobre, entrer dans un pensionnat de Bayeux . Lorsque la mer les avait engourdis d'une lassitude heureuse, ils s'allongeaient sur le sable, ils causaient de leurs affaires très raisonnablement. Elle finissait par l'intéresser à la médecine, en lui expliquant que si elle était un homme, ce qu'elle trouverait de plus passionnant, ce serait de guérir le monde.»


Note
5/5
Directement dans mon Hall of Fame personnel !

1 commentaire :

  1. Tiens je ne le connaissais pas du tout celui-là ! Je le note sans hésiter!

    RépondreSupprimer