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vendredi 25 mars 2016

Sept Jours dans le Temps

Auteur : Nicolas Nasica
Genres : Aventure ; Historique
Éditions : Librinova
Pages : 559 
Parution : 15 septembre 2015
Prix : 2,99 euros
Achat : Amazon - Sept jours dans le Temps

Résumé
Durant la première moitié du XXème siècle (vraisemblablement pendant l’entre-deux guerres), Enguerrand de Hautecourt, sa femme Patricia et son meilleur ami Charles, sont invités en pleine nuit chez le milliardaire Amaury de Pierrefeu. Celui-ci, dans le but de retrouver son fils disparu, projette de retourner dans le passé afin de dissuader ce dernier de partir, le tout grâce à une machine à remonter le temps dont la construction a été financée par sa fortune. Bien entendu rien ne se passe comme prévu, et nos héros se retrouvent en 1811, sous le règne de Napoléon 1er…

Avis de Clément
Nicolas Nasica nous a lui-même contacté afin de nous proposer de chroniquer son roman, auto-édité en collaboration avec Librinova. J’ai accepté avec enthousiasme de me lancer dans sa lecture, restant sur une bonne surprise en matière de littérature indépendante. Je ne vais cependant par faire de suspense, j’ai été déçu par Sept Jours dans le Temps

L’Histoire commence pourtant sur des bases plutôt solides. Les quatre personnages principaux sont rapidement introduits et présentés de manière efficace, l’élément perturbateur est bien amené et l’arrivée sous le Premier Empire se fait sous les meilleurs auspices. Et pourtant, petit à petit l’excitation retombe. Pour plusieurs raisons :

Le style tout d'abord. Je vais être franc, nous n'avons pas affaire à quelque chose de vraiment littéraire. Les événements et lieux sont globalement bien décrits, mais on reste dans une écriture très simple, voire maladroite. Je le dis par exemple pour l'usage qui est fait de la ponctuation (les « ?!? » sont légion, et choquent à chaque fois), mais je le pense particulièrement en ce qui concerne la manière dont parlent les personnages et la façon dont les dialogues sont écrits. Nous sommes au XIXème siècle. Même les personnages du « présent » viennent du XXème. Et pourtant, quasiment tous parlent dans le langage familier de notre époque, y compris certaines figures haut-placées du Premier Empire. J'ai trouvé ça assez déstabilisant, mais, bien pire, ça m'a aussi complètement fait sortir du côté « historique » du récit. J'ai eu parfois l'impression d'assister à une pièce de théâtre où des comédiens d'aujourd'hui campaient les rôles de personnages du XIXème siècle, mais jamais de participer à un voyage dans le temps empreint du réalisme d'une époque.

Les personnages eux aussi m'ont vraiment laissé perplexe. Tout était réuni pour faire du quatuor principal un ensemble attachant et cohérent...pour peu qu'il existât pour chacun d'entre eux un rôle et une évolution. En effet ce qui me gêne le plus concernant les personnages, c'est qu'aucun d'eux ne change entre le début et la fin de l'histoire. Aucun n'évolue, et même aucun d'entre eux ne voit sa fonction dans le récit évoluer. Enguerrand est le héros courageux, Pierrefeu est le dandy sûr de lui, Charles est le sidekick rigolo et Patricia la demoiselle en détresse. Point. Même les autres personnages importants du récit n'ont pas d'évolution dans leur caractère ou leur comportement. Au fur et à mesure, les différents protagonistes se connaissant mieux, leur relation évolue, ça oui. Mais les personnages restent abordés en surface. On ne s'y attache pas, car ils sont binaires et en deviennent du coup caricaturaux, pas assez complexes pour être vraiment « humains ».

Enfin les événements proprement dits sont tantôt assez intéressants (le passage dans la bijouterie par exemple est un moment plutôt original et agréable) et prenants (quelques scènes d'action sont tout à fait honorables), et tantôt... comment dire... artificiels. J'ai parfois eu l'impression que l'auteur ne savait plus comment faire avancer son histoire, ou alors trouvait que par moments, ça manquait d'action. Arrivent alors des choses assez en décalage avec la réalité. Par exemple, par deux fois au moins, une patrouille de police arrive de nulle part et met les personnages en difficulté assez gratuitement. J'ai également en tête un passage où l'on revient sur l'un des personnages et où l'on reste un moment avec lui, pour finalement le laisser exactement dans la même situation que celle où on l'a trouvé, sans avoir rien appris de nouveau. Pourquoi alors avoir choisi de revenir sur ce personnage à ce moment là ? Était-ce vraiment nécessaire ? 

Le roman est finalement assez long, plus de 500 pages, et je me demande si le rythme n'aurait pas été mieux maîtrisé en écrémant ces séquences et ces dialogues qui, au lieu de développer l'univers de l’œuvre, m'ont fait tomber dans un certain ennui. Et que dire enfin de la raison pour laquelle tous les événements se lancent ! Ce fils perdu qui ne sert finalement strictement à rien dans le déroulement de l'histoire, et pour cause, on y fait à peine référence ! Même à la fin, on en parle à peine, en disant qu'on ira le chercher plus tard, mais que quand même, quelle aventure !...J'avoue ne pas comprendre ce choix. Vraiment pas.

L'ensemble pâtit également de nombreux passages qui n’apportent rien à l’histoire. En règle générale ce n'est pas un problème si certaines scènes ne sont pas directement en lien avec l'avancement de l'intrigue, car elles permettent le plus souvent de creuser les personnages. Mais ici, ces moments ne prennent pas car les personnages sont trop superficiels. Si A et B mangent un rôti ensemble, ça n'a pas d'impact sur l'histoire, mais ça peut permettre de développer le caractère de ces personnages, de faire ressortir des éléments plus personnels auxquels on ne s'attendait pas vraiment, ou d'aborder un thème autre que celui de l'intrigue principale. Ce n'est pas le cas dans Sept jours dans le temps, ou alors c'est fait soit de manière maladroite, soit de manière trop timide pour qu'on s'en aperçoive. Ce dont on s'aperçoit par contre, c'est que le roman reste parsemé de coquilles et de fautes non corrigées, ce qui malheureusement ne joue pas non plus en sa faveur...

Et pourtant ça ne s'arrête pas là. Le plus grand souci de ce roman est selon moi son aspect « voyage dans le temps ». Je vais volontairement y consacrer un long développement pour bien vous expliquer en quoi ça me pose de sérieux problèmes. 

Note importante tout d'abord : l'auteur lui-même avait précisé, dans le message qui nous était destiné, que Sept jours dans le temps ne se voulait pas être une histoire de science-fiction, mais un roman historique. Il est important de garder en tête l'intention originale de l'auteur, car elle permet en partie d'expliquer (encore une fois pas de suspense) pourquoi il n'a pas accordé à cet aspect toute l'importance qui était pourtant nécessaire...

On peut tout à fait suivre cette histoire sans prise de tête et s’en tenir aux péripéties, mais le sujet du voyage dans le temps à tellement été traité dans toutes les formes de création qu’on ne peut plus, à mon avis, avoir recours à ce mécanisme sans respecter un certain héritage. Ceci signifie que l’auteur d’une histoire de voyage temporel doit, soit s’inscrire dans un ensemble de règles préexistant (à partir de là le choix est libre. Du Voyageur Imprudent de Barjavel à la trilogie de films Retour vers le futur, chaque univers à sa propre logique), soit en créer de nouvelles (rien ne l’empêche, tant que ça reste cohérent). Or Sept Jours dans le temps ne fait jamais cet effort. Enfin si, il le fait. Mais il ne le fait qu’à moitié. Je m’explique :

Le roman comporte un certain twist, concernant un certain personnage, qui renvoie à ce qu’on appelle le « Paradoxe de l’écrivain ». Il est présenté de la manière suivante : un écrivain s’envoie dans le passé le manuscrit du roman qui l’a rendu célèbre. Ainsi l’écrivain est devenu célèbre grâce au manuscrit qui lui a été envoyé du futur. Mais alors qui a écrit le livre ? Personne, il est apparu à partir de rien. Pour résumer, cela veut dire qu’un événement devient sa propre cause. On entre ainsi dans ce qu’on appelle une « boucle de causalité »
Dans le roman, ce paradoxe est causé par le fait que la situation d’un des personnages, dans son présent, trouve son origine dans les actions réalisées par ce même personnage alors qu’il est dans le passé. Tout le paradoxe réside dans le fait qu’en théorie, le présent ne devrait pas être, avant que les personnages ne partent, ce qu’il sera après que ceux-ci se soient rendus dans le passé pour y réaliser les actions qui auront des conséquences sur lui. Pourtant ledit présent, qui aurait du être causé par les actes commis dans le passé, existe dès le début de l'histoire. Et ce présent comporte des caractéristiques, dues donc à une action dans le passé, sans lesquelles les personnages n’auraient même jamais pu remonter le temps ! Ainsi le serpent se mord la queue.

Avoir recours à ce paradoxe n’est pas un problème, bien au contraire, puisqu’il rentre parmi les règles préétablies dont je parlais plus tôt. Mieux encore, il permet d’adopter, pour l’univers de ce roman, la conception selon laquelle le temps n’est pas une ligne droite, mais une formation abstraite où tous les événements surviennent en même temps, dans des continuums superposés et s’influencent les uns les autres en temps réel. En clair tout se passe en même temps, il ne s’est encore rien passé, et tout s’est déjà passé. 

Le problème survient une fois que l’on comprend qu’en retenant cette conception, on est obligé de prêter attention aux moindres détails, y compris le fait (et là on touche au cœur de mon propos) qu’il ne peut plus rien arriver aux personnages, parce que tout s’est déjà produit.

Le fait que ce twist soit révélé à peu près à la moitié du roman tue tout son enjeu, à savoir : Les personnages vont-ils réussir à se sortir de la situation dans laquelle ils sont empêtrés, et à revenir dans leur époque ? Si l’on s’en tient à la conception du temps induite par le recours au paradoxe de l’écrivain, oui, forcément. Parce que si les personnages ont vécu le présent qu’ils ont vécu, c’est parce que le passé a déjà été modifié par eux, et donc qu’ils sont déjà revenus. De même toutes les actions qui sont effectuées dans le passé, et dont on imagine qu’elles pourraient avoir un impact sur le présent dont viennent les personnages, sont désamorcées. On sait que tout ce que feront les personnages du présent dans le passé n’aura aucune répercussion sur leur époque, puisque leur présent était déjà celui qui est issu de leurs actions dans le passé. En gros ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Dans le fond, pourquoi pas après tout ? Mais ça signifie qu’il n’y a plus aucun danger, et donc plus aucun suspense. Ainsi lorsque l’œuvre que l’on écrit comporte un tel paradoxe, il est absolument capital, de ne le révéler qu’à la fin (c’est par exemple très bien amené dans un épisode de la saison 9 de la série Doctor Who). 

Pourtant, comme un symbole, l'un des personnages explique clairement au début de l'histoire que lorsqu'on remonte le temps, il faut en faire le moins possible, car chaque acte peut avoir des conséquences sur le présent d'où ils viennent. Il le fait même en évoquant un autre paradoxe connu, celui du « grand-père »... qui se retrouve du coup hors-sujet, faisant appel à une conception du temps en ligne droite. L'Auteur a clairement sous-estimé ce à quoi il s'attaquait, quand bien même ce n'était pas volontaire. Le résultat de tout ceci est que j’ai perdu beaucoup d’intérêt pour le scénario et sa résolution. Ceci sachant que, n’ayant déjà pas été vraiment satisfait par les autres aspects de l’œuvre, j’en espérais beaucoup pour pouvoir apprécier malgré tout ma lecture…

C’est peut-être un peu compliqué présenté de la sorte, et vous aurez sûrement raison si vous trouvez que je vais trop loin dans la réflexion, que je ferais mieux d’apprécier le livre sans me monter la tête sur ce qui s'apparente à un détail. Mais je n’ai pas trouvé mon compte non plus dans l’écriture des personnages, ni dans les choix narratifs, ni dans le style d’écriture. J’ai apprécié le livre pendant les 200 premières pages, ressentant de bonnes idées de mise en scène, ayant le sentiment que les personnages ont été bien posés et vont pouvoir être développés, et par-dessus tout que les situations décrites vont permettre de surmonter le caractère « pas vraiment littéraire » de l’œuvre. Puis j’ai déchanté petit à petit.

Je me dis au final que l’histoire aurait dû dès le départ se dérouler sous l’Empire. On aurait alors eu affaire à un roman d’aventures maladroit mais sincère, où les personnages utilisent le langage familier de notre époque, mais volontairement, dans le but d’aborder les choses sans prise de tête, et de s’amuser en suivant simplement le déroulement des événements, de passer un moment sympathique avec une histoire facile à lire et à comprendre. On se serait également du coup retrouvé avec quelque chose qui correspond plus à la volonté de l'auteur, qui était de ne pas verser dans le genre science-fiction. Mais le côté voyage dans le temps nuit vraiment à l’ensemble, n’apportant finalement que des contradictions à l’histoire, parce que mal maîtrisé. 

Juger de la sorte un roman indépendant me rend triste. Parce que je sais à quel point il est difficile d’écrire, et j’ai de ce fait beaucoup de respect pour les auteurs qui se lancent dans l’aventure et osent publier leurs œuvres en auto-édition. Mais je suis obligé d’être honnête, en tant que lecteur, je n’ai pas franchement apprécié le livre. J’ai eu du mal à le terminer, et plus j’avançais, plus je mettais le doigt sur tous ses défauts. Une déception pour moi donc. Ceci dit le roman a bénéficié de bonnes critiques, particulièrement sur Amazon. C’est donc qu’il peut trouver son public, et au final c’est tout ce que je lui souhaite.

Extraits
« - Au moins ça fonctionne, releva tout bas Pierrefeu. 
Certaines personnes ne savaient pas lorsqu’il était nécessaire de se taire et Pierrefeu ne faisait pas d’ordinaire partie, de cette catégorie. La désillusion était cependant si grande qu’il en oubliait tous les principes qui lui avaient jusque là permis, d’en arriver où il était. Ces quelques mots firent exploser Enguerrand. 
- Non ! Justement ça ne fonctionne pas ! Votre crétin nous a envoyé en pleine époque napoléonienne ! » 


« - Ma bonne dame, je pourrais très bien vous faire jeter dans un cul de basse-fosse, vous laisser mariner dans une eau croupie avec comme seule compagnie, des rats difformes qui attendront que vous vous endormiez pour venir vous becqueter le nez … 

- Vous dites ça pour m'effrayer. 
- Effrayée, vous l'êtes déjà ! Terrifiée vous ne tarderez pas à l'être, sitôt que je vous aurai fait connaître les horreurs d'une cellule en temps de guerre. » 

Note
2,5/5

2 commentaires :

  1. C'est toujours délicat de ne pas aimer un roman mais ton avis est très complet et permet bien de comprendre le pourquoi de ta déception :)

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  2. Ce n'est pas évident d'expliquer pourquoi on aime pas un livre, et ça me met encore plus mal à l'aise quand il s'agit d'auteur auto-édité, parce qu'ils n'ont pas bénéficié d'un correcteur et d'une équipe éditoriale pour les aider dans la relecture. Mais pour le coup ton avis est super clair et respectueux, et pourra au moins lui donner des pistes d'amélioration, ce qui est toujours constructif.

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