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vendredi 11 mars 2016

Les Princes d'Ambre - Cycle 1

Auteur : Roger Zelazny
Traduction : Roland Delouya, Ronald Blunden, Bruno Martin et Philippe Hupp
Genre : Fantasy
Éditions : Folio SF
Publication : 5 juin 2015
Pages : 930 
Prix : 15,50 €
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Résumé
Corwin est amnésique, il se réveille dans un lieu inconnu, ne sachant plus qui il est. Petit à petit, les informations reviennent, et Corwin retrouve son histoire et sa destinée. Il est l'un des neuf princes du royaume d'Ambre, cité originelle dont tous les autres mondes ne sont que des reflets, et doit faire valoir ses droits sur un trône désormais occupé par l'un de ses frères. Le premier cycle des Princes d'Ambres couvre toute l'histoire de Corwin, prince exilé que le destin conduira bien plus loin que tout ce qu'on pouvait imaginer...

Avis de Clément
Faisant suite à ma chronique sur le premier tome de cette série, je vous propose maintenant un avis sur l'ensemble du premier arc de cette saga qui en comporte deux. Ne versons pas dans le suspense inutile, je suis conquis ! Je vais toutefois essayer de rester objectif, et surtout éviter de me répéter sur certains points déjà abordés dans la première chronique, pour bien insister sur ceux qui font, sans nul doutes, des Princes d'Ambres l'un des classiques de la Fantasy du XXème siècle.

Le premier est sans doute l'univers dans lequel s'inscrit l’œuvre. Ou plutôt devrait-on dire, le multivers. Tout part d'Ambre, la Cité originelle, immense et inégalable. Autour d'elle existe une somme indénombrable d'ombres de cette cité : une galaxie de mondes qui présentent, au fur et à mesure que l'on s'éloigne d'Ambre, de moins en moins de similitudes avec leur modèle. Ceci crée un espace infini pour faire évoluer les différents protagonistes. Surtout lorsqu'on apprend, au fil du récit, qu'un même monde peut, par exemple, exister en plusieurs versions, ou que de nouvelles ombres sont régulièrement créées ! Durant les cinq volumes du cycle, on passe donc souvent d'un monde à l'autre, ce qui donne parfois lieu à des séquences de « voyage » assez indescriptibles, tant elles sont...sensorielles je dirais. Je n'irais pas jusqu'à dire que tous les mondes traversés sont marquants. Toutefois, beaucoup le sont, et certains tiennent une place centrale dans les déroulement des événements, qu'il s'agisse d'Ambre bien entendu, de Lorraine ou...de la Terre.

L'Ombre Terre, qui joue finalement un rôle clé dans cette histoire, achève de classer Les Princes d'Ambre à part dans le genre de la Fantasy, qui a pour caractéristique de se dérouler dans des mondes exclusivement imaginaires. On revient pourtant régulièrement dans notre réalité, on y rencontre des personnages importants et, contre toute attente, à l'instar de Corwin qui y a tant vécu, on s'y sent à la maison. Je dis contre toute attente parce que (et je pense que vous me suivrez sur ce coup) lorsqu'on s'attaque à un cycle de Fantasy, on veut justement s'évader de notre monde, pas y revenir ! Et pourtant ce contre-pied fonctionne. Il fonctionne tellement bien qu'on se prend finalement à considérer la Terre comme un monde de Fantasy, parmi toutes les autres ombres d'Ambre.

Mais lire Les Princes D'Ambre ce n'est pas seulement voyager de monde en monde. C'est aussi se retrouver aspiré dans une intrigue riche, hautement teintée d'intrigues politiques et familiales, de conflits armés, mais aussi de chevalerie, de magie noire et même de purs moments d'abstraction, de réflexion sur le Pouvoir et la nature de l'Être ! Roger Zelazny ne se cantonne jamais à un seul registre, et se plaît à varier les genres au fil des tomes, qui acquièrent ainsi tous une personnalité forte. J'ai par exemple en tête un passage absolument incroyable de « Whodunit » en huit-clos qui n'a rien à voir avec ce que l'on trouve dans un récit de Fantasy classique ! Les puristes en auront toutefois pour leur argent. Le tome 2, par exemple, s'inscrit totalement dans les codes du genre. Les différentes variations de style autour d'un scénario par ailleurs cohérent amènent une touche très particulière à ce récit, quitte à le rendre parfois nébuleux.

En effet je me dois de vous prévenir. Ce cher Roger joue parfois avec nos nerfs et nous montre volontairement des choses incompréhensibles pour mieux les expliquer deux livres plus tard. L'auteur nous emmène parfois dans des divagations transcendantes, proches de l'essai métaphysique. J'avoue avoir eu à m'accrocher durant certains de ces derniers passages, et avoir eu du mal à saisir leur cohérence par rapport au déroulement de l'histoire. Au moment de leur lecture tout du moins. Car la démarche prend tout son sens dans le dernier livre du cycle. Beaucoup plus contemplatif, presque proche du compte philosophique, où Zelazny démontre qu'il est capable d'insuffler de l'intensité dans un propos qui va bien au delà d'une « simple » quête épique pour sauver le monde de la destruction.

Et pourtant, quelques défauts semblent poindre de ci de là. Le style n'est pas toujours flamboyant. Certains moments de cette épopée s'apparentent à des longueurs littéraires. L'auteur donne parfois l'impression (en tout cas je l'ai parfois perçu comme tel) qu'il est dépassé par son propre univers et ses propres enjeux, ou qu'il n'arrive pas à les exprimer clairement. Mais l'on reste. Parce que l'on est captivé par la personnalité de chacun des princes et chacune des princesses d'Ambre, tous incroyablement charismatiques et habilement développés au fil des tomes. Parce que les rebondissements et les retournements de situation prennent aux tripes tant ils sont amenés avec brio. Parce que le ton de l’œuvre est absolument unique, et donne véritablement le sentiment de parcourir quelque chose d'à la fois original, personnel, mais solide dans sa construction. Parce qu'au final, malgré quelques égarements, aucune question n'est laissée sans réponse.

Les Princes d'Ambre est sans conteste une œuvre majeure. Prenante par son histoire, servie par ses personnages et son ambiance, intéressante de par les thématiques abordées et leur traitement, et sans cesse renouvelée par des choix narratifs variés qui font toujours mouche. A conseiller sans retenue aux amateurs de Fantasy, qui y trouveront quelque chose de vraiment différent, comme à ceux qui y sont réfractaires, car l'ambiance est à mille lieues de l'Heroic-Fantasy classique. Mon seul regret est finalement de ne pouvoir encore mettre la main sur le deuxième cycle en édition intégrale, son grand frère étant sorti depuis bientôt un an ! Mais allez, foncez quand même !

Extraits
« Alors je découvris le paysage...par-dessus son épaule ; par une fenêtre, par-delà un rempart, mais sans certitude. C'était loin d'Ambre, en un lieu où les ombres deviennent folles. Plus loin que je n'aime aller. »

« Je reculais toujours. J'étais certain d'avoir le dessous. Il était meilleur que moi. Je maudissais cet état de fait mais j'étais obligé de le constater. J'essayai trois autres bottes. Il les para toutes les trois. »

Note
4,5/5
Une saga référence de la Fantasy, unique et marquante


3 commentaires :

  1. Attention tout de même après avoir avalé tous les tomes, un grand sentiment d'inachevé vous tenaille après à la fin du dernier...

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  2. Ah...
    Peut-être est-ce du à la façon dont est mené le final ? Il est vrai que celui-ci va plutôt vite par rapport à tout le temps passé en "préparation", qui dure depuis la moitié de l'avant dernier volume. Même si j'ai trouvé ce choix finalement assez logique par rapport à l'ensemble de l'oeuvre, je peux comprendre.

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  3. Je ne connaissais pas du tout, mais merci de ta chronique, tu me donnes très envie de me lancer :)

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