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dimanche 20 mars 2016

Au Bonheur des Dames (2)

Auteur : Émile Zola
Genre : Classique, Drame

Publication originale : 1883
Pages : 540 pages

Prix : 4,50€
Achat : Amazon – Au Bonheur des Dames 

Résumé
Denise Baudu arrive à Paris avec ses deux frères après la mort de son père. D'abord recueillie par son oncle, propriétaire d'un petit commerce de tissus, elle va être amenée à intégrer « Au Bonheur des Dames », gigantesque magasin, aussi prisé que renommé, issu du génie du charismatique et ambitieux Octave Mouret...

Avis de Clément
Avant de commencer je vous dois une petite explication. Si vous êtes fidèles d'entre les fidèles de ce blog, vous savez que Manon a déjà écrit une chronique de cette œuvre il y a plus d'un an et demi. Alors pourquoi ai-je tenu à en écrire une seconde ? 

D'abord pour exprimer tout l'amour que Manon et moi-même vouons à Zola. J'ai pris une véritable claque avec L'Assommoir, qu'une amie littéraire m'a prêté il y a deux ans. J'ai été inspiré par ce roman. A tel point que je me suis lancé le défi de lire tous les volumes de la série mythique de Zola : Les Rougon-Macquart. Depuis lors, je reviens régulièrement à  cet auteur dans ma petite vie de lecteur. Au Bonheur des Dames est le dernier terminé dans mon parcours, le 12ème Rougon-Macquart que j'ai lu. Et en refermant le livre, je me suis dit que ce serait trop bête. Que je ne peux pas ne pas écrire sur ce roman. Même si Manon l'a déjà fait, j'ai plein d'autres choses à dire. Et Zola le vaut bien. Au Bonheur des Dames le vaut bien.

Parce qu'on ne va pas se mentir, celui-ci fait clairement partie des œuvres de Zola les plus connues, de celles qui sont restées. Parce que oui, tout le monde connaît plus ou moins L'Assommoir et Germinal, peut-être un peu Nana et La Bête Humaine, mais bien plus rares sont ceux qui ont lu Son Excellence Eugène Rougon ou Le Docteur Pascal. Mais pourquoi ? Pourquoi certains sont érigés en classiques incontournables, et d'autres restent au rang de classique confidentiel ? La raison apparaît tout particulièrement dans Au Bonheur des Dames : c'est la modernité qu'ont gardé ces œuvres, plus de cent-trente ans après leur parution.

Le thème principal de l’œuvre est celui des grands magasins, et de leur influence sur la société dans toutes ses composantes. Au Bonheur des Dames est le cœur de l'histoire qui nous est racontée, à la fois théatre de la grande majorité des événements, mais aussi facteur déclencheur des péripéties et, comme le soulignait Manon, l'un des personnages principaux de l'histoire ! L'Évolution du magasin est l'un des fils rouges de l'intrigue, avec l'évolution des personnages de Denise et d'Octave Mouret, et si le magasin vous paraît énorme au début du roman...vous n'imaginez même pas ce qui vous attend !
J'évoquais à l'instant l'évolution de Denise et Octave. Il faut bien comprendre que ce qui a élevé Zola au rang de classique d'entre les classiques est la portée sociale de son œuvre. Au Bonheur des Dames comporte un nombre très élevé de personnages, et tous ont leur rôle et leur importance dans le message que Zola veut faire passer à propos de son époque. Je ne vais pas parler de tous ces personnages ici, sinon la chronique ferait dix pages...et il y a tellement à dire rien qu'avec Octave et Denise !

Octave Mouret est arrivé au sommet pour une raison. Il faut tout d'abord préciser qu'Au Bonheur des Dames est la suite directe de Pot-Bouille, autre Rougon-Macquart qui décrit l'arrivée d'Octave à Paris, et son ascension dans la bourgeoisie de la capitale. Afin de percevoir au mieux son évolution, il est intéressant de voir comment il agissait dans Pot-Bouille. On avait affaire à un véritable arriviste, prêt à tout pour gravir les échelons et collectionner les conquêtes. Cet aspect de son personnage est toujours bien présent dans Au Bonheur des Dames, mais son caractère s'enrichit, et des faiblesses se révèlent. Des faiblisses qui rendent le personnage beaucoup plus intéressant, et surtout beaucoup plus humain.

Denise quant à elle, est une parfaite synthèse du « personnage féminin à la Zola » tel que je le perçois. Le côté pur, innocent et persécuté rappelle furieusement Gervaise dans L'Assommoir, tandis que son évolution lui permet, plus tard dans le récit, de développer une fonction de personnage féminin dominant et respecté, qui peut contrôler la situation, à l'instar de Renée au début de La Curée ou de Félicité dans La Fortune des Rougon et La Conquête de Plassans. Elle est aussi, par certains aspects, très proche de l'altruiste maladive qu'est Hélène dans Une Page d'Amour. Le personnage de Denise apparaît ainsi extrêmement riche, et permet au surplus de comprendre dans un seul roman la façon dont Zola construit ses personnages féminins et, ainsi, décrit la place de la femme sous le second Empire.

Et au milieu de tout ça je n'ai même pas parlé de l'histoire proprement dite... Zola lui-même a envisagé Au Bonheur des Dames comme « le poème de l'activité moderne ». Ainsi chacun des treize chapitres est construit comme un tableau destiné à décrire différents aspects du développement du Bonheur des Dames et de son influence. Impossible d'échapper aux longues descriptions caractéristiques de cette époque où les auteurs étaient payés à la page, mais chacune d'elles apporte quelque chose, soit au niveau du style littéraire, soit pour le développement des personnages secondaires. Zola oblige, certains passages sont cruels, d'autres sont des hymnes vibrants à l'amour et à sa puissance, le tout se terminant sur une note... plutôt heureuse, ce qui est assez rare pour être souligné (et Manon ne s'y était pas trompée) !

Au Bonheur des Dames est un incontournable pour beaucoup de raisons. Monstrueusement riche et actuel dans le traitement de ses sujets, ce onzième tome des Rougon-Macquart est aussi une brillante synthèse de nombreux éléments que l'on retrouve dans la première moitié de la série. Ce qui en fait, à mon avis, juste derrière L'Assommoir, une excellente porte d'entrée dans l'univers de cet écrivain de génie. 

Si vous n'êtes pas habitués aux classiques français, ne vous laissez pas abattre par la masse de pages descriptives que vous aurez à avaler. En récompense vous aurez tout le loisir d'apprécier le style à la fois limpide et magnifique de Zola. Et bientôt, avec un peu de chance, vous aurez le même objectif que nous : venir à bout de toute la série !

Extraits
« Des chiffres sonnaient, tout un marchandage fouettait les désirs, ces dames achetaient des dentelles à pleines mains. 
- Eh ! Dit enfin Mouret, quand il put parler, on vend ce qu'on veut, lorsqu'on sait vendre ! Notre triomphe est là. »

« A partir de ce jour, Denise montra son grand courage. Sous les crises de sa sensibilité, il y avait une raison sans cesse agissante, toute une bravoure d'être faible et seul ; s'obstinant gaiement au devoir qu'elle s'imposait. Elle faisait peu de bruit, elle allait devant elle, droit à son but, par dessus les obstacles ; et cela simplement, naturellement, car sa nature même était dans cette douceur invincible. »

Note
5/5
En toute objectivité : un chef d'œuvre !

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