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samedi 12 décembre 2015

Mémoires d'une reine de Corée

Auteur : Dame Hong
Titre Original : Memoirs of a Korean Queen
Traduction : Claude Bouygues
Genre : Mémoires

Éditions : Picquier poche
Publication : 8 janvier 2016
Pages : 224 pages

Prix : 7,50€

Résumé
Dame Hong, épouse du prince héritier qui devait devenir le vingt-deuxième roi de la dynastie Yi, commença à rédiger ses Mémoires en 1796, à l’âge de soixante ans, pour l’édification de son propre petit-fils, le roi Sunjo. Elle en a soixante et onze lorsqu’elle les termine. Elle tient la chronique minutieuse de la vie quotidienne à la cour, sous la discipline et l’étiquette rigoureuse de l’époque, en même temps que le journal de ses années de bonheur bientôt éclipsées par des tragédies familiales comme la folie du prince héritier, son époux, qui fut exécuté sur l’ordre de son propre père. Sans doute habituée à devoir maîtriser ses sentiments, elle parle avec une grande retenue, même si l’on sent poindre çà et là la colère, la peine ou l’indignation, dans une prose élégante et d’une rare délicatesse qui n’a pas d’équivalent dans la littérature coréenne.

Avis de Marie
Je m’intéresse depuis quelques temps à la littérature asiatique dans son ensemble mais il est beaucoup plus facile de trouver des ouvrages japonais et chinois que coréens. 
Les Mémoires d’une Reine de Corée est un ouvrage intéressant emprunté à la médiathèque qui permet de se pencher sur une période précise de l’histoire de ce pays. 
En effet, il ne s’agit pas ici d’une fiction mais bien des mémoires de Dame Hong, dont le mari, le prince héritier Sado, a été exécuté par son propre père, le roi Yongjo. Trahisons, complots, jalousie vont rendre le quotidien de la reine difficile et c’est avec beaucoup de minutie qu’elle nous raconte sa vie à la cour. 

Même si j’ai beaucoup apprécié découvrir une part de l’histoire coréenne par le biais de ce regard royal, cet ouvrage a présenté de nombreuses difficultés au début et il m’a fallu faire preuve de concentration pour parvenir à plonger complètement dans le récit de la vie de la reine. 
En effet, le livre apparaît complexe de par les nombreux noms aux sonorités si inhabituelles pour nous. Certains noms étaient même parfois très proches au niveau de l’orthographe et/ou de la prononciation. En cela, mes études de la langue se sont vraiment révélées utiles puisque je suis déjà un peu familiarisée avec ces sonorités. Pour celles et ceux qui ne l’ont pas étudié, ce point pourrait dérouter au début, sans pour autant inciter à abandonner la lecture. 

Le style de l’auteur est très fluide et si certains passages sont particulièrement difficiles à suivre – je pense notamment aux descriptions des liens familiaux entre les différents membres et leur généalogie – la lecture n’en reste pas moins agréable. Mais, n’ayant que très peu de connaissances sur l’histoire de la Corée, et en particulier sur cette période, il n’était pas toujours facile de resituer les lignées. De nombreuses lignées sont évoquées, un peu comme la Bible, et il est alors nécessaire de faire un gros effort pour rester concentré et ne pas perdre le fil de l’histoire.
Il faut cependant savoir que cette traduction française n’a pas été réalisée à partir de la langue originale, le coréen, mais à partir de l’anglais. En cela, le travail du traducteur a permis de compenser un peu ce manque de littérature coréenne en français en nous faisant découvrir un aspect de cette culture asiatique. 

L’histoire en elle-même est aussi complexe. Dame Hong commence ses mémoires à l’âge de soixante ans dans l’intention d’éclairer son petit-fils, le roi Sunjo, sur certains évènements survenus pendant sa jeunesse. Plus précisément, ces trois premiers chapitres se concentrent sur la jeunesse de la reine et sur sa vie à la cour. S’attardant sur la relation que son époux, le prince Sado, entretient avec son père le roi, elle va raconter la déchéance de son mari. Le manque de reconnaissance et d’amour de son père mais aussi sa maladie mentale vont progressivement le mener à sa perte. Entraînera-t-il dans sa chute sa famille ? C’est ce que craint l’auteur, nous confiant au fil des mots ses doutes, ses peurs mais aussi ses espoirs. Dame Hong se montre d’ailleurs extrêmement lucide quant à l’état de santé du prince et aux conséquences de ses actes. Pour autant, il s’agit de mémoires et elle ne se montre pas toujours totalement objective et impartiale, tant elle souhaite présenter sa famille sous son meilleur jour, ce qui est compréhensible. Malgré toute l’affection que le roi lui porte, à elle et ses enfants, elle a bien conscience de la dure réalité et de ce qu’ils risquent à cause de la folie du prince Sado. Le bien du royaume passe en priorité et Dame Hong fait preuve d’un dévouement total à l'égard du pays et de la famille royale. 
Dans ce royaume fortement empreint des valeurs confucéennes, chacun est conscient du rôle qu’il a à tenir. Manquer à ses devoirs et obligations constitue un acte grave aux yeux de ces personnes dont la vie est régie par de nombreuses règles très strictes. Dame Hong se trouve ainsi prise entre ses devoirs de reine et d’épouse mais aussi et surtout, de mère. 

Trahisons, romances, meurtres, jalousies : autant d’éléments qui pourraient se trouver dans un bon roman mais ici il s’agit de la réalité car ce sont les mémoires d’une reine. Bien qu’il ne s’agisse que des trois premiers chapitres, j’ai beaucoup apprécié découvrir ce pan de l’histoire de Corée à travers le regard d’une de ses reines. Ces mémoires plairont aux personnes désireuses de découvrir une autre culture, d’une autre époque.

Extraits
« Si la mort l’avait emporté à ce moment-là, je n’aurais connu que la douleur de le perdre, mais il devait survivre et traverser une série de catastrophes comme il n’existe pas d’exemple depuis les temps anciens. »

« Vous ne voyez pas clair. Le roi me hait à un point tel que tout devient extrêmement difficile. Il va me supprimer et faire de son petit-fils le fils adoptif du prince héritier Hyojang, et nous n’y pouvons rien. »

Note

3/5
Un classique de la littérature coréenne

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