MENU

vendredi 4 décembre 2015

La Dernière Nuit du Raïs

Auteur : Yasmina Khadra
Genres : roman, biographie, historique

Éditions : Juilliard
Publication : 19 août 2015
Pages : 210 pages

Prix : 18 €
Achat : Amazon - La Dernière Nuit du Raïs

Résumé
Le 20 octobre 2011, Mouammar Khadafi, dirigeant de fait, et « guide de la révolution » lybienne, fut capturé, lynché et tué par la rébellion de son peuple. Que s'est-il passé dans la nuit précédent ce fait historique dans l'Histoire de la Lybie ? C'est la question que s'est posé Yasmina Khadra et à partir de laquelle il a construit son dernier roman. L'occasion de plonger dans la tête de Khadafi et de s'introduire dans son état-major de crise quelques heures avant la fin de son régime autoritaire.

Avis de Clément
Avant toute chose, quelques précisions sur l'auteur. Yasmina Khadra (Mohammed Moulessehoul de son vrai nom) est un écrivain algérien dont l’œuvre s'intéresse tout particulièrement au Mahgreb et au Moyen-Orient. Il s'agit d'un auteur que j'ai beaucoup lu, qui a produit des romans inoubliables, et dont j'attendais le dernier livre avec impatience. Celui-ci m'a toutefois laissé avec des sentiments mêlés. En voici les raisons :

Tout d'abord le roman est très court. Quelques heures suffisent à en venir à bout.
Le livre prend un pari : celui de raconter les dernières heures de Khadafi à travers son point de vue. Le temps qui s'écoule entre le début et la fin du roman va de la fin d'après-midi du 19 octobre au matin du 20. Durant ce court laps de temps, l'auteur condense les pensées du dictateur, les opérations militaires de la dernière chance tentées par son entourage et les mêle à quelques éléments biographiques sur Khadafi. Le pari est relevé, même si je suis resté perplexe une fois le livre terminé.

J'ai été incapable de savoir si le fait que le livre soit si court était ou pas une bonne chose. En effet lorsqu'on analyse l’œuvre dans son ensemble, elle est bien rythmée, efficace, et j'ai du mal à imaginer ce qui aurait pu être plus développé sans entraîner l'arrivée de longueurs. Pourtant une fois la fin atteinte, on a le sentiment que tout est passé trop vite, que rien n'est vraiment marquant. Yasmina Khadra écrit parfois des romans très courts, c'est le cas pour Les Hirondelles de Kaboul qui fait moins de 200 pages. J'ai toutefois été profondément touché par ce dernier, ce qui n'a pas été le cas pour La Dernière Nuit du Raïs.

Puis j'ai repensé au livre. Et je suis forcé de lui reconnaître un certain nombre de qualités : la narration est cohérente et vraisemblable. La personnalité de chacun des protagonistes de l'histoire permet de bien les identifier. Le comportement de chacun dans cette situation de crise sonne juste. Et surtout la personnalité aussi charismatique que mégalomane de Khadafi est parfaitement cernée. Elle rend le personnage aussi détestable qu'intriguant. Les agissements du guide lybien et de son entourage permettent par ailleurs de mieux comprendre à quel point le personnage était sûr de lui et idolâtré par ses fidèles. L'immersion se fait, et si le livre se lit très vite, c'est aussi parce qu'il captive.

La plume de Yasmina Khadra est, elle, toujours aussi précise. Les phrases sont ciselées et le vocabulaire juste et percutant. Son style est une des raisons pour lesquelles j'apprécie beaucoup l'auteur. Mais dans ce roman, son écriture perd (logiquement) de son humanisme et de sa poésie pour, à la place, décrire de façon crue ce qu'est la guerre civile et la psyché d'un dictateur. C'est peut-être ce qui me désoriente dans cette lecture, ce changement de style de la part de Khadra que j'ai eu du mal à appréhender.

Que retenir de « La Dernière Nuit du Raïs » ? Voilà une question peu évidente pour moi. Il est certain qu'on a affaire à un livre bien écrit, et intéressant. En tant que fan de l'auteur, je retrouve en partie ce qui me plaît chez lui. Pourtant, plusieurs jours après avoir refermé le livre, j'ai toujours le sentiment que le plein potentiel de cette histoire n'est pas atteint, qu'il manque quelque chose pour porter ce roman au même niveau que ses meilleures œuvres. Si vous ne connaissez pas Yasmina Khadra, je vous conseille plutôt de commencer par L'Attentat,  Les Hirondelles de Kaboul  ou Ce que le Jour doit à la Nuit, qui sont à mon sens plus réussis et plus marquants. 
Pour les autres, j'ai hâte de lire vos avis !

Extrait
« J'étais sorti des décombres sans une égratignure. Les périls que j'ai surmontés durant mon règne, les complots en chaîne et les tentatives d'assassinat auraient eu raison de n'importe qui. Dieu veille sur moi. Je n'en doute pas une seconde. Dans quelques secondes, l 'embargo s'ouvrira devant moi comme la mer devant Moïse. Je traverserai les lignes ennemies aussi aisément que du tissu. »

Note
3,5/5
Objectivement bon, mais subjectivement déroutant !

2 commentaires :

  1. Merci pour cette chronique très détaillée :) Ayant lu et étudié la fameuse trilogie comprenant Les hirondelles de Kaboul, L'attentat et Les sirènes de Bagdad, je rejoins ton avis sur le style d'écriture très travaillé et poétique de Khadra. Cela donne une certaine beauté aux thèmes tragiques de ses œuvres.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est moi qui te remercie =)
      Cette trilogie est à mon avis ce qu'il a fait de mieux pour l'instant, c'est elle qui l'a, à juste titre, propulsé au rang d'auteur à succès. Ce qui est beau chez Khadra c'est que l'humanité est partout, même dans les moments les plus dramatiques. Mais c'est du coup ce qui m'a un peu manqué dans "La Dernière Nuit du Raïs".

      Supprimer