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vendredi 27 novembre 2015

Le Pianiste et les Matriochkas

Auteur : Élodie Mazuir
Genre : Romance/Drame

Éditions : La Bourdonnaye
Publication : Octobre 2014
Pages : 244

Prix : 4,99 € (eBook) 17,99 € (Livre papier)

Quatrième de couverture
Artus le pianiste donne des récitals à travers le monde. Marie la funambule vole de ville en ville, en compagnie de sa tribu du cirque. Alessandro le chirurgien est poussé par une ambition maladive. Ludmilla l’artiste fragile quitte sa Russie natale pour le sud de la France. Escobar le pêcheur solitaire se contente de vivre dans une crique. Tous les cinq se rencontrent et s’étreignent, s’aiment et s’abîment, valsent et tanguent, vacillent et se relèvent, sous le regard d’un lion mélomane ou de statues qui leur apprendront à compter au fil des quatre saisons. Ils nous emportent ainsi à un rythme effréné dans le chassé-croisé de leurs rêves et de leurs désillusions, tout au long de cette mélodie du bonheur… doux-amer.

Avis de Clément
Tout d'abord, merci aux éditions La Bourdonnaye grâce auxquelles nous avons reçu ce livre ! C'était ma première expérience dans le monde des romans indépendants et des « petites » maisons d'édition, et je dois dire que j'en ressors agréablement surpris ! Le Pianiste et les Matriochkas est un roman rafraîchissant et plein de bonnes idées, que j'ai pris un plaisir non dissimulé à découvrir !

Le roman suit les destins croisés d'Artus Lambert, pianiste professionnel et de Ludmilla Bazachoff, jeune femme russe venant d'un petit village, et dont le rêve est de rejoindre les Beaux-Arts de Moscou pour y pratiquer la sculpture. Tous deux vont faire une rencontre qui va bouleverser leur routine et transformer leur quotidien pour les adapter à ceux de l'être aimé. Par souci de ne pas spoiler, je n'en dirai pas plus !

Ce qui m'a frappé dès la première page du livre, c'est le style choisi par Élodie Mazuir.
Des phrases très courtes, parfois composées d'un seul mot. D'autres plus longues, cisaillées, saucissonnées de virgules pour mieux couper le rythme, le hacher. Ce choix, particulièrement assumé pendant la première partie du roman, permet de poser le cadre du récit de manière assez tonique mais aussi très imagée, laissant la part belle à des émotions brutes qui viennent mettre des coups de pied dans l'imaginaire du lecteur, le forçant à réagir vite, à ajouter rapidement de nouveaux éléments à son image mentale des personnages et des actions qui sont réalisées. Les premières pages défilent alors à toute vitesse. On fait connaissance avec les personnages, on comprend rapidement quel va être le rôle de chacun, et les événements se lancent. 
L'autre réussite de l'écriture de l'auteure est d'avoir saisi à quel moment ce style particulier allait fatiguer le lecteur et le faire décrocher. Je n'ai ressenti cette impression de lassitude que pendant quelques dizaines de pages, avant que le style ne se corrige de lui-même pour revenir à quelque chose de plus conventionnel, finalement au moment où l'histoire, bien installée, ne demandait plus qu'à se dérouler. Celle-ci est, de plus, racontée de manière croisée, le livre alternant les chapitres consacrés à Artus et à Ludmilla. A titre personnel, j'apprécie beaucoup ce type de narration, je n'ai pu, du coup, que m'y retrouver.

L'intrigue en elle même comporte à la fois du positif et du négatif. C'est parfois idéalisé, parfois un peu trop « gros » pour être vrai. Mais en même temps, ce qui est raconté correspond bel et bien au bonheur fou et parfait que l'on ressent lorsque l'amour fait cavalier seul et qu'on s'abandonne à lui sans réserve. Les événements sont également assez téléphonés, ou parfois annoncés de manière trop voyante. C'est par exemple le cas pour l'un des principaux rebondissements de l'histoire, que vous ne manquerez pas de sentir arriver.
Et pourtant, ce twist en particulier produit pleinement son effet. Parce qu'Élodie Mazuir a un talent : celui de susciter l'émotion. Ce n'est pas le cas pour tout le livre, mais certains passages sont réellement beaux ou forts. Les descriptions servent alors pleinement les émotions qui sont ressenties par les personnages, et les font sortir du livre pour qu'elles nous parviennent. Deux ou trois scènes sont vraiment marquantes, et m'ont probablement fait sourire ou grimacer à mon insu pendant la lecture, parce qu'elles sont diablement efficaces, même si elles ont déjà été vues dans nombre d'autres œuvres.

Outre l'amour, élément évidemment central, deux thèmes sont particulièrement abordés dans le livre. Celui des arts et des artistes en général tout d'abord. Beaucoup de personnages dans le roman sont artistes, et les descriptions de ce qu'ils sont, de ce qu'ils accomplissent et des émotions qu'ils provoquent font partie des vrais points forts du récit. A l'inverse, le seul personnage principal qui n'est pas artiste est un pervers narcissique. Un manipulateur qui va rapidement révéler sa vraie nature et permettre de dresser un portrait intéressant de sa personnalité tout au long de l'histoire. Ces deux constantes donnent du relief à l'histoire, qui, sans cela, aurait pu tomber dans le cliché de la romance un peu niaise.

Le Pianiste et les Matriochkas n'est pas une romance niaise (seulement par moments, mais que celui qui n'a jamais été amoureux et niais lui jette la première pierre). Il s'agit d'un récit frais, rapide à lire et qui laisse une impression positive : celle d'un joli livre sans prétention, parfois maladroit, mais qui capitalise sur tout un tas de bonnes idées pour rendre l'expérience plaisante. Une belle surprise à découvrir !

Extraits
« Les mains courent, volent, virevoltent, elles dansent ensemble, elles galopent, puis s'éloignent et se retrouvent, se touchent presque, se frôlent. Excitées, bondissantes, elles cavalent et s'élancent sur les notes, une étreinte, une osmose parfaite, enivrées, saoules de notes blanches, de notes noires, de dièses et d'arpèges, magique alchimie ».


« - Comment je suis en tsar ?

- Rien de moins, un tsar !
- J 'ai une princesse à mes côtés ! Alors non rien de moins !
- Tu la portes bien ! Un peu petite peut-être !
- Tu es très belle Ludmilla. Je suis flatté que tu m'accordes ta compagnie et très impatient de t'emmener au concert demain soir, tu es toujours partante n'est-ce pas ? »

Note


3,5
Un roman entre légèreté et drame, émouvant et plaisant 

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