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lundi 21 juillet 2014

Sanditon

Auteur : Jane Austen & Juliette Shapiro
Traduction : Nathalie Huet
Genre : Romance, Historique

Edition : Milady
Parution : Mai 2014
Pages :  336 pages

Prix : 8,20 euros
Achat : Fnac - Sanditon

Résumé
D'abord heureuse de contempler le spectacle tranquille de la plage et du front de mer depuis la vaste fenêtre de sa chambre, Charlotte Heywood ne tarde pas à deviner les nombreux scandales dissimulés sous cet abord serein, tout en se laissant séduire par le charme romantique de la vie au bord de la mer et par ces résidents hauts en couleur. Sanditon est-il réellement le petit paradis annoncé et Charlotte y trouvera-t-elle le bonheur ?

Avis
Il est des oeuvres qui entrent dans la légende et Sanditon en fait partie. Pourquoi me direz-vous ? Et bien, en premier lieu, à cause de son auteur, Jane Austen, romancière que l’on ne présente plus. D’autre part, Sanditon est un ouvrage inachevé qui a fait l’objet de multiples spéculations quant à la fin que son auteure, terrassée par la maladie, entendait lui donner. En novembre 2012, Marie Dobbs avait déjà relevé le pari, avec un certain succès, de continuer et finir ce roman (ICI). Sa retranscription fidèle de l’univers d’Austen, sans jamais l’égaler, m’avait assez plu. J’étais donc curieuse de voir de quelle manière Juliette Shapiro allait se lancer dans le même défi. Or, si j’ai volontiers posé mes valises à Sanditon la première fois, cela n’a pas du tout été le cas avec ce nouveau roman !


Evidemment, la première partie du roman, écrite par Jane Austen ne change pas. La jeune Charlotte Heywood, suite à sa rencontre avec la famille Parker, va avoir la possibilité de se rendre avec eux dans la petite station balnéaire de Sanditon. Là-bas, elle va croiser toute une série de personnages originaux et excentriques et, qui sait, peut-être trouver un mari…

Le changement d’auteurs se repère assez facilement. En effet, la personnalité des personnages change radicalement. Les Parker en sont l’exemple le plus flagrant. S’ils formaient une famille attachante dans les dix premiers chapitres, par la suite, Mrs. Parker n’a plus rien avoir avec l’épouse effacée de la première partie et son mari apparait comme un être calculateur. Jane Austen parvenait à rendre ses personnages attachants malgré leurs défauts mais Juliette Shapiro n’y est pas vraiment arrivée. J’ai en effet trouvé ses personnages assez mesquins à quelques exceptions près comme Maisie ou le Docteur Wellscott.
Du coup, je n’ai pas eu l’impression que Juliette Shapiro cherchait réellement à poursuivre le roman mais plutôt à le réécrire et c’est cela qui m’a particulièrement gênée. Ainsi, le personnage de Charlotte passe souvent au second plan pour, parfois, disparaitre totalement de l’intrigue au profit des autres protagonistes.

Finis l’étude de moeurs et le regard caustique porté sur la société anglaise ! Le sentimentalisme et la romance sont ici prépondérants au détriment de tout ce qui faisait la particularité et le charme des oeuvres de Jane Austen comme ses études de caractères et ses descriptions pleines de finesse et d’humour. Par exemple, Charlotte se rend compte qu’elle est éperdument amoureuse en quelques lignes et sans que rien n’ait pu le suggérer avant dans l’intrigue. 

Juliette Shapiro essaie de s’approprier le style de Jane Austen et de créer de nouveaux protagonistes. Mais on ne retrouve pas le ton propre à l’écriture du XIXème siècle. Les interactions des personnages, leurs manières d’agir et le vocabulaire employé semblent parfois trop modernes notamment lorsque Charlotte se demande si elle n’est pas en train de « tomber amoureuse ». L’auteure va même jusqu’à nous parler, brièvement, de la « passion » et de « l’ardeur » de Mr. Parker… Ce que n’a jamais fait Jane Austen.
Paradoxalement, de nombreux termes, trop compliqués ou pompeux viennent parfois alourdir l’écriture (« histrion », « conversations oiseuses »…). 

En conclusion, cette suite de Sanditon tient plus de la romance historique tout public que de l’oeuvre austennienne. Si vous voulez apprécier ce livre, je vous conseille de le lire en tant que tel mais par contre si vous recherchez une version un peu plus fidèle à l’univers de Jane Austen, préférez la suite de Marie Dobbs. 

Extraits
Les deux premiers extraits ont été choisis dans la partie rédigée par Jane Austen et le troisième dans celle de Juliette Shapiro. 

« La beauté, la gentillesse, la pauvreté et la dépendance n’influencent pas seulement l’imagination des hommes ; en dépit d’exceptions justifiées, une femme peut aussi se montrer sensible aux difficultés d’une autre. »

« Dans sa conception de l’existence, sir Edward s’était attribué un grand rôle : celui du séducteur. Avec les avantages personnels qu’il se connaissait et les talents qu’il se félicitait d’avoir, il considérait cela comme un devoir. »

« Vous savez, Charlotte, trouver un mari est une question sérieuse. C’est une sorte d’art, que certains considèrent même comme un talent. »

Note

5,5/10


5 commentaires :